Accueil - 2006-07 - émissions de Novembre
1ère fois la mort
Le mardi 21 novembre 2006


Racontez-nous votre première rencontre avec la mort.
Un reportage de Sophie Le Chevalier précedemment diffusé le 28 mars 2001.




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le 22 décembre 2006 - 20h43, par Béatrice BOISSON

La première fois que j’ai vu un mort. J’avais une dizaine d’années... Matinale, je croisai ma mère. Elle sortait de la chambre de ma grand-mère et le corps déjà engagé vers le devoir, elle annonça à mon père d’une mâchoire crispée "ça y est, cette fois, c’est fini !"... Déjà âgée, malade du coeur, redoutant sa fin et nous l’annonçant régulièrement depuis des années, grand-mère nous avait préparés ... Ma mère disparut chercher le médecin pour les constatations qu’elle savait être d’usage... C’est son expression lapidaire son regard hagard qui marquent mon souvenir... et aussi l’enchaînement silencieux comme entendu des actes des adultes face à ce qui survenait : mes parents savaient leur place, les gestes, leur rôle... ils savaient pour moi aussi semble-t-il car, de témoin silencieux, je me retrouvai vite engagée dans l’action à leur côté, et sans qu’un mot soit échangé je changeai les vêtements de la grand-mère surprise dans son sommeil... en total contraste avec l’apparente maîtrise des adultes, je me sentais terriblement et intimement inquiète et dans le doute...et pendant que je retirais les vêtements mouillés, il m’était difficile de regarder ma grand-mère et aussi de ne pas la regarder... Comment croire qu’elle ne me voyait pas ?.. qu’elle ne savait rien de ce que j’étais en train de faire ?.. Elle était morte mais tellement pareille... J’avais peur...peur qu’elle se réveille et me surprenne ... peur qu’elle m’accuse de l’avoit tuée peut-être ?... moi qu’elle n’aimait pas trop... J’avais hâte que ma tâche se termine pour pouvoir prendre le large...et retrouver d’autres réalités plus familières...
Aujourd’hui, près de quarante ans après, il m’en reste cette impression de naturel avec lequel on m’a fait vivre cet instant, comme relevant de ces "choses de la vie", si intégrées chez les gens de la campagne, le milieu où j’ai grandi... L’expérience m’a surprise en pleine enfance, mais elle m’a mûrie... c’est comme si j’avais eu accès à la levée partielle de ce qui reste un grand mystère : la vie.
Pour avoir connu, depuis, d’autres "façons" de mourir- les plus violentes en images, les plus sensibles dans des récits- je me dis chanceuse d’en posséder pour première empreinte une image aussi simple et sereine.


le 17 décembre 2006 - 14h14, par BENZIANE

Qui n’a jamais eu à cotoyer la mort où ne le fera un jour ? personne car la mort est une composante de la vie, c’est l’ultime étape de la vie ...bref Personnellement la mort m’a salué à maintes occasions et j’en citerais une où deux. Un jour de vacances nous étions en visite chez mon oncle à Rabat, capitale du Maroc située sur le bord de l’Atlantique.Rabat comporte de nombreuses plages et nous avions choisi de passer la journée à la plage dite des Nations.Un plateaux rocheux séduisant m’attira avec mon cousin au bord de la mer et nous décidament d’y prendre pied comme si nous étions sur un radeau avec les vagues autour.C’était amusant, mais une vague un peu plus forte et plus volumineuse que les autres nous enveloppa de la tête au pied et nous glissames tout les deux sur le plateaux rocheux qui comportait des arrêtes semblables à des couteaux.Au début, je me suis agrippé de toutes mes forces à mon cousin, plus costeau que moi, et ce dernier étai trainé sur le sol crochu.Là, il eu la peau lacérée de blaissures.La force de l’eau nous sépara et je n’avais plus aucunne prise sur quoi que ce soit.Je me trouvait entre le plateau rocheux et la côte rocheuse, entre deux murs de rochers coupants, balloté par des vagues d’une force inouie et insoupçonable.Mon champ visuel n’était plus composé que d’écume blanche, et j’entendais le bruit sourd et étouffé du tumulte des vagues.Pendant un instant, j’ai pensé que c’était ma mort et peut être celle de mon cousin que je ne voyais plus.Bizarrememnt, ma mort me paressait moins dramatique que celle de mon cousin.Comme je suis bon nageur, j’ai gardé mon calme malgré tout et, au cours d’un reflux de l’eau je me suis agrippé à un rocher car j’avais peur d’être fracassé contre la parois de la côte comme une noix de coco. Je me suis agrippé par désespoire, c’était pour moi un ultime geste avant l’arrivée de la prochainne vague.Bien que la roche à laquel je m’accrochait me coupait la peau comme des couteaux, au niveaux des main et des pieds, je ne ressentait pas la douleure et je me retournait pour me repérer et essayer de savoir ce que devenait mon cousin que je ne voyais toujours pas.Je ne sais pas comment et je ne pourrais jamais le dire, je me suis retrouvé debout sur la terre ferme.Sauvé mais trés inquiet pour mon cousin, je scrutait les environs de mon regard.Il était assit sur une sorte de mur de rochers en plein océan à cent mètre du rivage, face à la mer qui le frappait sauvagement et sans répit.Ainsi il diparaissait sous l’eau à l’occasion de chaque vague, pour réapparaitre dans sa position.Il était coincé et paralysé de peur.Je dû l’encourager à plusieures reprises pour qu’il réagissent enfin.Il étudia longuement la périodicité des vagues avant de ce décider à sauter ce qui le sauva à son tour.Par la suite nous restâmes couchés par terre comme de vrais naufragés, incapables de bouger blaissés,choqués et tremblants.Pendant ce temps, le reste de la famille se coulait des moment sereins sous les parasoles.Nous retournâmes vers eux en cachant notre mésaventure afin de ne pas gâcher cette belle journée d’été.Je me rappel que nous dûmes couvrir nos nombreuses coupures avec du sable.Personne ne soupçonna notre mésaventures et ce n’est que la soir au dîner quand mon cousin se mit à vomir qu’on découvrit que nous avions échappé à la mort.Depuis je ne m’approche plus des rochers et des vagues de l’Atlantique car elle vous séduisent pour vous happer...Une mésaventure dont je garde des cicatrices sur la peau et aussi dans l’âme car je ne l’oublierais jamais.


le 4 décembre 2006 - 13h43, par fournier

Lorsque j’étais enfant, j’ai été plusieurs fois confrontée à la mort.
La première fois qui a fait sens, c’est la mort accidentelle d’un petit garçon dont j’étais secrètement amoureuse. Il faut dire qu’il était vraiment très beau...J’avais 9 ans et lui un peu plus...Pendant les jours de veillée mortuaire, mon père m’a emmenée avec lui pour une visite à sa famille. Nous sommes entrés et Dominique était là, dans la pièce commune, entouré de sa famille. J’ai en mémoire la paleur de son visage et sa grande beauté. Je n’ai pas eu peur du tout.Mon père a fait un geste en direction de la maman de Dominique lui demandant de couvrir le visage du mort. Ce geste m’a questionnée longtemps. Je ne comprenais pas qu’il m’ait été caché.Je ne comprenais pas ce que les adultes souhaitaient me cacher et de quoi ils voulaient me protéger.
L’année suivante, mon père est mort,las de vivre.Il n’a pas mis fin à ses jours mais le désir de vivre l’a quitté et il cessé de lutter.
Il a quitté la maison pour l’hopital et 3 semaines plus tard, il est mort. Les circonstances ont fait que je ne l’ai pas vu. Ma mère a craint de nous effrayer et nous ne l’avons pas vu. Pour moi, il a disparu de ma vie le jour de son départ à l’hôpital.Et ce fut du vide...
Pendant longtemps j’ai rêvé que je le croisais dans la rue et qu’il ne me reconnaissait pas.Il m’a fallu beaucoup , beaucoup de temps pour accepter, comprendre.J’ai manqué d’images, de mots au sujet de cette mort..
Merci de votre attention...

archives "non-officielles" de l' émission de Daniel Mermet "Là-bas si j'y suis" diffusée sur France Inter

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